Deux abris de jardin de 5 m² dans le même jardin : est-ce vraiment autorisé ?

Vous avez besoin de rangement, mais un seul grand abri vous semble contraignant sur le plan administratif. Deux structures de 5 m² plutôt qu’une de 10 m², l’idée paraît séduisante. Et elle l’est, à condition de connaître les règles du jeu.

C’est justement ce qu’on va voir ensemble.

peut on mettre 2 abris de jardin de 5m2

Ce que qu’impose la règle des 5 m²

En France, un abri de jardin dont la surface de plancher est strictement inférieure à 5 m² ne nécessite ni déclaration préalable, ni permis de construire. Mais dès que vous franchissez ce seuil, les choses changent : entre 5 m² et 20 m², une déclaration préalable de travaux (DP) doit être déposée en mairie avant le début des travaux. Le délai d’instruction est généralement d’un mois.

Le point qui surprend souvent : l’administration peut additionner les surfaces de deux abris installés en même temps sur un même terrain. Deux structures de 5 m² posées simultanément, c’est 10 m² aux yeux de la mairie. Résultat, une déclaration préalable devient obligatoire, même si chaque abri pris individuellement passe sous le radar.

Ce n’est pas une règle écrite noir sur blanc dans le Code de l’urbanisme, mais c’est l’interprétation que peuvent faire les services d’urbanisme, et les précédents existent. Mieux vaut en tenir compte dès le départ.

Comment éviter la déclaration préalable en toute légalité ?

Il n’existe pas de recette magique, mais trois leviers permettent de renforcer sérieusement l’indépendance juridique de vos deux abris.

Espacer leur installation dans le temps

C’est le point le plus important. Deux abris montés le même week-end, c’est un projet unique. Un abri installé aujourd’hui et un second posé deux ou trois ans plus tard, c’est deux projets distincts, beaucoup plus difficiles à requalifier. Ce délai n’est pas fixé par la loi, mais il constitue votre meilleure protection en cas de contrôle.

Positionner les 2 abris dans des zones du jardin différentes

Deux cabanons collés l’un à l’autre forment visuellement une seule construction. Placés à des endroits bien distincts de la parcelle, ils perdent ce caractère unitaire. Évitez la proximité immédiate, même si vos abris sont techniquement séparés.

Appliquer un usage et un aspect différent pour chaque abris

Un abri dédié aux outils de jardinage, l’autre au rangement des vélos ou au stockage du bois : cette différenciation fonctionnelle appuie l’idée de deux projets indépendants. Des matériaux ou des modèles distincts renforcent encore cet argument.

Ces précautions ne garantissent pas une immunité totale, mais elles constituent un dossier solide si la mairie venait à s’interroger sur vos installations.

Qui est redevable de la taxe d’aménagement ? Et à quel moment ?

La taxe d’aménagement s’applique à toute construction close et couverte dont la surface dépasse 5 m² avec une hauteur sous plafond égale ou supérieure à 1,80 m. C’est le propriétaire du terrain qui en est redevable, et elle n’est prélevée qu’une seule fois, après l’achèvement des travaux, pas chaque année.

Un point souvent méconnu : si votre abri présente une hauteur sous plafond inférieure à 1,80 m, il n’entre pas dans l’assiette de calcul de la taxe, quelle que soit sa surface au sol. Pour un abri de 5 m², la taxe reste de toute façon modeste, de l’ordre de 25 à 35 € selon les communes. Deux abris représentent donc environ 50 à 70 € au total, soit sensiblement le même montant qu’un seul abri de 10 m².

Si vous déposez une déclaration préalable couvrant les deux abris, la taxe est calculée sur la surface cumulée. C’est un coût limité, mais qu’il vaut mieux anticiper pour ne pas avoir de surprise après les travaux.

PLU, voisinage et zones protégées : ce que vous devez vérifier en amont

Le PLU (Plan Local d’Urbanisme) de votre commune prime sur les règles générales. Il peut imposer des distances spécifiques, des matériaux particuliers, une couleur de façade, ou encore limiter le nombre d’annexes autorisées par parcelle. Consultez-le avant d’acheter quoi que ce soit, directement sur le site de votre mairie ou via le géoportail de l’urbanisme.

En l’absence de règles locales, le Code civil s’applique pour les distances séparatives : votre abri doit être construit soit en limite de propriété, soit à au moins 3 mètres de cette limite. Cette règle s’applique à chaque abri indépendamment.

Autre cas de figure à ne pas négliger : si votre terrain est situé dans un secteur sauvegardé, près d’un monument historique ou dans le périmètre d’un architecte des Bâtiments de France (ABF), une autorisation peut être nécessaire dès le premier mètre carré construit. Vérifiez votre situation sur le géoportail ou contactez directement votre mairie.

Pour vous protéger en cas de litige futur, posez la question par écrit à votre service d’urbanisme et conservez leur réponse. Un mail suffit, mais il constitue une trace précieuse.

Y-a-t-il des risques de sanctions ?

Oui, et ils sont concrets. Une construction non déclarée alors qu’elle aurait dû l’être expose à une amende pouvant atteindre 6 000 € par mètre carré de surface irrégulière. La mairie peut également ordonner la démolition à vos frais.

Mais les conséquences vont parfois au-delà du volet pénal. Une construction non déclarée peut bloquer une vente immobilière : le notaire ou l’acquéreur peut l’identifier lors du contrôle du cadastre ou de l’état hypothécaire. En cas de sinistre, certaines assurances refusent d’indemniser des biens non conformes aux règles d’urbanisme.

Deux abris distincts, bien positionnés, installés à intervalle raisonnable, c’est tout à fait réalisable sans formalité. Mais si un doute subsiste sur votre situation, terrain en zone protégée, PLU restrictif, proximité de voisins tatillons, une déclaration préalable reste la solution la plus sûre. Le délai d’un mois et les quelques dizaines d’euros de taxe valent souvent mieux qu’une régularisation forcée.